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Contre-offensive en Libye :"La guerre médiatique de Kadhafi lui a permis de remobiliser ses troupes"

par Elkhayate | Catégorie : Entretien 0 commentaire(s)

Les forces pro-Kadhafi reprennent de plus en plus de terrain dans l’est de la Libye, fief de l’insurrection. Mathieu Guidère, spécialiste du monde arabe à l’Université de Toulouse 2, revient sur ce retournement.


Comment s’est organisé le retour des forces pro-Kadhafi sur le devant de la scène ?

Le facteur principal, qui a fait basculer la situation depuis quelques jours a été la guerre médiatique orchestrée par le colonel Kadhafi, à l’intérieur et à l’extérieur des frontières libyennes. La télévision et la radio d’Etat étaient les seules sources d’information disponibles pour la population. Il n’y a toujours pratiquement pas d’Internet en Libye. Et parfois, les médias d’Etat diffusaient des informations avant même que les événements n’aient eu lieu, comme par exemple la prise de Brega ou d’Ajdabiya par les pro-Kadhafi.

Par ailleurs, le colonel n’a accepté sur son territoire que les journalistes étrangers invités de façon officielle, et chassé les autres. L’un deux, travaillant sur la chaine désormais coupée Al Jazira, a été tué le 13 mars près de Benghazi. Et le 9 mars, trois Britanniques ont été arrêtés et battus par les forces du régime.

Ainsi, grâce à ce black-out médiatique, Kadhafi a retourné la situation en sa faveur ; Il est apparu comme un interlocuteur encore valable, malgré plusieurs semaines d’insurrection. La population, convaincue, au début, de sa capacité à renverser le pouvoir, est aujourd’hui persuadée que la partie est perdue, et que descendre dans la rue n’est plus utile. En résumé, on peut dire que la révolution se passe en grande partie dans la tête des gens.

Selon vous, les médias, occidentaux notamment, n’ont pas assez donné la parole aux insurgés ?

Oui, les médias occidentaux ont fait la part belle au colonel Kadhafi, en faisant la queue pour réclamer une interview à Tripoli. Il était leur principal interlocuteur, et cela a confirmé aux yeux de la population qu’il était encore puissant dans son pays. En parallèle, on n’a vu que très peu d’interviews des leaders du Conseil national de transition.

La population sur place ne comprenait pas cette focalisation sur le colonel Kadhafi. En effet, en Tunisie comme en Egypte, ni les dirigeants ni leurs fils n’ont autant été interviewés pour rendre compte de la situation sur place. Dans ces pays, au moment de l’insurrection, les médias interrogeaient plutôt les leaders de l’opposition, comme El Baradeï. Les chefs des insurgés libyens étaient pourtant bien connus, [Le comité de crise du CNT est composé de plusieurs personnes d’importance internationale, comme Ali Essaoui, ancien ambassadeur en Inde qui a démissionné en février dernier, ndlr]

Quel rôle a joué l’armée dans ce basculement ?

Plus l’insurrection avançait dans les terres, plus le moral des troupes militaires fidèles au colonel faiblissait. Certains soldats ont même quitté les rangs de l’armée pour rejoindre les opposants. La guerre médiatique engagée par Kadhafi a alors permis de remobiliser ses troupes. Surtout que ces dernières ne sont en aucun cas prêtes à renverser leur chef, et à se rallier aux opposants, comme ce fût le cas en Tunisie, et en Egypte. Car Mouammar Kadhafi a le soutien plein et entier de son armée : celle-ci est essentiellement composée de membres issus de sa tribu, les Kadhafs.

Quelles solutions reste-il aux Occidentaux pour agir ?

Pour moi, les Occidentaux ont trop parlé avant d’agir. Au point de ne pas agir du tout. Et il faudrait désormais un miracle pour que l’ONU donne son aval pour permettre une intervention militaire. Toutefois, au regard de la situation, un couloir humanitaire serait, selon moi, la perspective la plus réaliste et pacifique pour résoudre la crise. Il faut désormais pouvoir assurer la protection des opposants et des civils au cas où ils choisiraient massivement la voie de la fuite vers l’Egypte. Car Kadhafi a bien spécifié ce mardi, à la télévision libyenne, que les seules possiblités qu’il offrait aux insurgés étaient la mort ou la fuite. Pauline Tissot,L’EXPRESS.fr,le:16.03.11



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