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Mawazine, les géantes ’Vieilles Charrues’ du Maroc

par Mohammed Karouch | Catégorie : Culture 0 commentaire(s)

France

Rabat.De notre envoyée spéciale

Bienvenue à Mawazine, l’un des plus grands festivals de la planète : 2,2 millions de personnes en 2010, selon l’organisation. Un chiffre difficile à vérifier. Cinq scènes géantes (modèles Vieilles Charrues) sont gratuites, sur les huit ouvertes. Mais, depuis le 20 mai, premier des dix jours de concerts, la foule est là, incontestable. Ivre de musique et sobre, puisqu’il n’y a pas de buvette...


Mawazine, selon la volonté du roi Mohammed VI, est ouvert aux musiques du monde. Les Marocains choisissent leur scène pour la soirée (un ou deux concerts), en fonction de leurs goûts. Ainsi, à l’est de la ville, les fans de chansons orientales ont pu applaudir les divas du monde arabe, dont Jannat, une Marocaine qui vit en Égypte ; Papa Wemba, Tiken Jah Fakoly, Mory Kanté... ont entraîné les amoureux de l’Afrique noire devant la casbah des Oudayas.

« Les années hippies »

Dans le quartier populaire d’El Mansour, place au rock, à l’électro et à la création, dont celle de l’Algérien Safy Boutella, autour de Nass El Ghiwane, groupe mythique marocain des années 1970. « Nos Rolling Stones à nous », lance Saïd Azzedine, prof de 58 ans. L’oeil pétillant, il raconte « les années hippies du Maroc », détaille les textes contestataires de Boujmia, emprisonné sous Hassan II et mort depuis. Quand Omar Sayed, le survivant du groupe, a entonné Allah Ya Moulana, une clameur unie, impressionnante, est montée du public.

Ambiance radicalement différente sur la scène très huppée qui accueille les stars internationales : Kanye West, Joe Cocker, Shakira, très attendue samedi... Devant, pour un minimum de 1 000 dirhams (100 €), c’est tapis marocain au sol et la garantie que la presse ne dérangera pas les businessmen et leur famille... Derrière, c’est gratuit.

Retour au populaire sur la plage de Salé, ville-dortoir, désormais reliée à Rabat par un tramway. Les pieds dans le sable rouge, femmes voilées, enfants, jeunes du quartier en tee-shirt de foot, dansent sur les musiques sahraouis ou amazighs (berbères) des maîtres gnaouis, comme Mustapha Bakbou. Magique. C’est le lieu qui compte le plus de policiers, en tenue ou en civil, au mètre carré.

À mi-festival, Aziz Daki, le directeur artistique, annonçait « 220 000 personnes par soir et des artistes heureux : Yusuf Islam (ex-Cat Stevens) nous a dit que c’était le plus beau concert de sa vie ». Son premier en terre d’islam, avant Paris, hier.

Campé sur ses valeurs

En plein printemps arabe, ce succès n’était pas gagné d’avance. Les jeunes contestataires du Mouvement du 20 février, qui descendent dans la rue tous les dimanches, avaient lancé un boycott du festival sur Facebook. Ils lui reprochent son coût et son financement opaque ¯ un budget de 4,3 millions a été annoncé à la presse pour 129 artistes en dix jours ¯ quand le royaume manque de bibliothèques. Dimanche, les vingt févriéristes ont été dispersés à coups de matraque.

L’attentat de Marrakech, le 28 avril, n’a rien arrangé. Mawazine a donc renforcé sa sécurité, soigné sa communication, en payant le voyage de certains journalistes étrangers (c’est notre cas). Et campé sur ses « valeurs : l’accessibilité pour tous, la différence culturelle et la tolérance ». Dimanche, le festival délocalise des concerts à Marrakech, en hommage aux victimes de l’attentat.

Christelle GUIBERT. ouest france.fr ,le:27.05.11



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