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Syrie : "maintenant, les gens n’ont plus peur"

par Nawal Ould Ali | Catégorie : Entretien 0 commentaire(s)

Trois questions à... Abdelraouf Darwich, président du Collectif 15 mars pour la démocratie en Syrie, issu de la société civile, en exil à Paris, explique que les Syriens ne craignent désormais plus de s’opposer au régime de Bachar al-Assad.


Un peu partout en Syrie, la mobilisation contre le régime continue, avec plus ou moins de vigueur selon les jours. La répression aussi. A l’étranger, l’opposition politique en exil, à l’influence limitée dans le pays et hétérogène entre laïcs et religieux, tente quant à elle de se regrouper. Elle veut aussi mettre de côté ses divergences dans le "Conseil national de la déclaration de Damas". Elle essaye aussi de se fédérer avec les mouvements issus de la société civile, comme le "Collectif 15 mars pour la démocratie en Syrie" (ndlr : le 15 mars marque le début de la contestation). Abdelraouf Darwich, président de ce collectif, a ainsi donné une conférence de presse à Paris avec Salim Monaim, du Conseil national de la déclaration de Damas.

Après deux mois de contestation, la révolte syrienne n’a pas abouti au renversement du régime, comme en Tunisie et en Egypte. Ne craignez-vous pas un pourrissement de la situation, sur le modèle iranien de 2009 ? Abdelraouf Darwich : Depuis quelques temps, le régime semble en effet agir de la même manière que l’Iran il y a deux ans pour tenter de mater la rébellion. Il privilégie les arrestations -nous estimons aujourd’hui le nombre de détenus à 10.000-, et donc les tortures qui s’en suivent, aux tueries. Mais la situation est différente.

Tout d’abord, les gens n’ont plus peur maintenant et savent que le prix à payer peut être très fort. Ensuite, contrairement à l’Iran où le pouvoir s’appuie sur les religieux et la grande majorité chiite pour le soutenir, Bachar al-Assad ne compte pour sa part que sur la minorité alaouite, notamment les gradés de l’armée, et sur les "bandes" qui gravitent autour de sa famille. Or les informations qui nous parviennent confirment que les soldats du rang, qui ne sont pas alaouites comme les officiers de haut rang, refusent de tirer sur la foule. D’ailleurs, comme l’intervention de l’armée n’a pas calmé la colère, le pouvoir tente aujourd’hui une diversion avec des promesses de réformes. Mais il avait exactement promis la même chose en 2000 lors du "printemps de Damas".

Si le régime venait à tomber, que proposez-vous pour éviter l’instabilité politique ? A.D. : Nous avons déjà plusieurs projets. Tout d’abord, la mise en place d’un gouvernement d’union nationale et la création d’un comité pour préparer une nouvelle constitution. Ensuite, il faudra organiser des élections législatives et présidentielle puisque le Parlement actuel est fait "sur-mesure" pour Bachar al-Assad et que celui-ci est arrivé au pouvoir après un changement de la constitution effectué en moins de 24 heures. A l’époque, en 2000, il avait en effet moins de 40 ans et ne pouvait théoriquement pas occuper le poste de président.

Enfin, il faudra tout réformer. Il n’y a pas de justice en Syrie puisque le peuple subit le diktat des services de renseignements et des tribunaux militaires. Il faut donc créer un Etat de droit avec séparation des pouvoirs et indépendance de la justice. L’économie doit aussi être réformée. Elle est aujourd’hui aux mains de la famille Assad. Le cousin de Bachar al-Assad possède ainsi Syriatel, qui gère les télécommunications, et les "free-shops" aux frontières.

Notre problème pour effectuer cette transition, ce sera de trouver des gens qui participent déjà au fonctionnement du régime, mais en y étant obligé. Nous sommes néanmoins confiants car la Syrie possède des cadres, des ingénieurs, des scientifiques, des médecins. Nous savons aussi que la route sera longue et qu’elle est semée de difficultés.

Qu’attendez-vous de la communauté internationale ? A.D. : Beaucoup de choses. Pour l’instant, la principale mesure concerne un embargo sur les armes. Ce n’est pas très significatif car la Syrie n’importe pas d’armes depuis l’Union européenne ou les Etats-Unis. Il y a bien eu quelques sanctions financières contre des membres du régime, mais je doute que tous leurs comptes aient été pris en compte. Peut-être faudrait-il demander une intervention de la Cour pénale internationale contre certains dirigeants. Quoi qu’il en soit, c’est la responsabilité du monde entier, en premier lieu le Conseil de sécurité de l’Onu, de protéger le peuple syrien. Nous savons que ce régime est capable du pire. Mais nous ne souhaitons pas d’intervention militaire. Par Fabrice Aubert le 18 mai .TF1 NEWS



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